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Le Vendredi 18 Mai 2018
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Discours de candidature de Geffry Salmon à la présidence du pays
Après l'élection, jeudi, du Président de l'Assemblée de la Polynésie française, l'ensemble des 57 nouveaux représentants se sont à nouveau réunis ce vendredi, pour élire le Président du gouvernement.
Parmi les candidats au poste, Geffry Salmon a représenté le Tahoeraa Huiraatira, conformément à la décision du Grand Conseil, qui fut confirmée lors du Bureau exécutif élargi de lundi.

Pour l'occasion, il s'est attelé à un exercice peu aisé, celui de s'exprimer devant une assemblée d'élus, sans en avoir la pratique, comme ses adversaires qui ont usé de toute leur expérience, pour tacler leurs opposants. Retrouvez plus bas, la vidéo de son intervention lors de cette séance solennelle, ainsi que son discours écrit.

Cette élection ne devait être qu'une simple formalité, dans la mesure où fort de sa nouvelle majorité issue des urnes, le Tapura Huiraatira élisait son Président, pour les cinq prochaines années.

Geffry Salmon en français : 

La surprise est venue d'un candidat du Tahoeraa Huiraatira, qui n'a pas porté son vote pour Geffry Salmon. Cette situation évidemment a créé la polémique, puisque les rumeurs parlent déjà du ralliement de plusieurs élus de l'opposition, à la majorité.

Cet incident n'est en fait qu'un non-événement, comme s'en explique Teura Iriti, dans la vidéo plus bas. La formation des onze nouveaux élus du Tahoeraa Huiraatira restera bien soudée. Les élus du parti orange ne compte pas répondre aux appels des sirènes lancés par la majorité.

Teura Iriti en français et tahitien :

 

Discours de Geffry Salmon :

Monsieur le Représentant du Haut-commissaire,
Monsieur le Président de l'Assemblée de la Polynésie française,
Mesdames et messieurs les Parlementaires,
Mesdames et messieurs les Représentants,
Mesdames et messieurs les Maires,
Mesdames et messieurs les responsables religieux,
Mesdames et messieurs les chefs de service et directeurs de l'administration du Pays,
Mesdames et messieurs les chefs de service et directeurs de l'administration de l'Etat,
Madame la Secrétaire générale de l'Assemblée de la Polynésie française,
Mesdames et messieurs le public,
Chers internautes,
Et Bien chers amis,

Si ce n'est pas chose aisée et que l'exercice demande une certaine pratique, afin de pouvoir en mesurer les contours, c'est un immense honneur, que de me tenir devant cette noble assemblée à laquelle j'appartiens désormais et pouvoir ainsi, m'adresser à vous, chers collègues, mais également m'adresser à l'ensemble de la population, qui nous regarde ce matin, devant leur écran de télévision, ou par internet.

Même si ce n'est pas chose aisé et que l'exercice demande une certaine pratique, afin de pouvoir en mesurer les contours, c'est un immense honneur que de me tenir devant vous et pouvoir ainsi m'adresser à vous.

Plusieurs d'entre vous ont consacré leur vie entière à la cause qu'ils estiment juste. Je les salue.

D'autres plus jeunes, entrent en politique, ou y sont entrés depuis peu d'années. Je leur souhaite de rester fermes dans leurs convictions et leur volonté de véritablement servir la collectivité et non pas des intérêts particuliers.

La Polynésie française, dans quelques moments, accueillera son nouveau Président. C'est un choix démocratique devant lequel il convient de s'incliner.

Je veux donc lui souhaiter bon vent et bonne mer, au milieu des épreuves qui l'attendent. Je suis convaincu qu'au-delà de nos possibles convergences, il y a quelque chose de plus grand qui nous réunit. C'est notre Pays : La Polynésie.

Je veux remercier, les milliers de personnes qui se sont portés sur nos listes, mais aussi tous les citoyens, qui en leur âme et conscience, ont participé au scrutin.

Nous avons tout fait pour faire gagner les idées et valeurs qui étaient les nôtres, celles notamment d'une Polynésie sociale pour l'Homme et donc, nécessairement libérale pour l'entreprise.

Contre toutes les forces qui nous étaient opposées et Dieu sait qu'elles étaient nombreuses coalisées, nous n'avons pas ménagés nos peines. Mais, nous n'avons pas réussi à convaincre une majorité de polynésiens. Dont acte.

Les hommes et les femmes, auxquels les électeurs polynésiens ont majoritairement confié la responsabilité de conduire les affaires, pour les cinq années à venir, rendront compte, devant le peuple, le moment venu. La nouvelle majorité le sait.

Elle le sait tout autant, que c'est pleinement avec conscience qu'elle se verra très certainement confrontée à une situation particulièrement difficile.

En effet sous la contrainte planétaire, marché et démocratie composent aujourd'hui, en Polynésie, une " démocratie de marché ".

Leur dynamique promeut une idéologie individualiste, impliquant un droit absolu et illimité de changer d'avis, s'exerçant au-delà de toute morale.

Par leur publicité ou leur propagande, ils incitent les divers acteurs de l'économie et de la politique, qu'il s'agisse des électeurs, des travailleurs, des usagers, ou des consommateurs, à ne pas se sentir liés par une parole donnée, par un choix, par des désaccords passés, par des contrats et par des loyautés…

Les polynésiens, quel que soit leur rang social, se sentent ainsi, de façon générale, de plus en plus libres de toute attache, loyaux seulement à l'égard d'eux-mêmes, mettant sans cesse aux enchères leurs sentiments, toujours disponibles pour plus, pour mieux, pour autre chose !

La déloyauté n'est plus considérée comme un symptôme de désordre. Au contraire, elle est partout revendiquée.

La politique en est le lieu privilégié d'expression !

Devant de telles dérives, notre société, longtemps cohérente et structurée est prise de vertiges.

Mais, où est le sens premier, inné, que chacun autrefois donnait à sa vie, ancrée dans une lignée, une tradition, un terroir, une culture.

Déçus, nombre d'hommes et de femmes succombent, ainsi, à la tentation du repli sur soi, ils s'abandonnent à leurs intérêts immédiats.

La délinquance grandit avec la montée de la précarité. La facilité l'emporte désormais sur l'effort, l'ambition personnelle sur le destin collectif, l'opportunisme sur la fidélité.

L'écart se creuse jour après jour entre les plus jeunes et les plus âgés, les premiers rejettent les vieilles certitudes, tandis que les seconds voient s'effriter les valeurs auxquelles ils s'étaient raccrochés.

Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse lui aussi. Devant cette déstructuration, les polynésiens s'accrochent à leur quête d'identité comme à une bouée de sauvetage, alors que le temps s'accélère et se dramatise.

Il s'installe, chaque jour, l'angoisse d'une perte de contrôle, qui réveille des peurs ancestrales : la peur de l'immigration, la peur du quotidien, la peur de la maladie.

Inexorablement, le nombre de demandeurs d'emploi augmente. Les dépenses de santé et d'éducation progressent plus vite que la création de richesse. L'eau se raréfie, les lagons et l'air se polluent et l'environnement se dégrade, le réchauffement climatique annonce la montée des eaux, la démographie celle du nombre.

Tel est le monde aujourd'hui et ce qui s'y annonce.

On aura compris que les défis qui sont les nôtres dépassent largement la préservation de la douceur de vivre et qu'il s'agit bien plus d'éviter de se dissoudre, de chercher à se prémunir d'inventer un projet de société conciliant le besoin vital de sécurité et de dignité.

Et c'est parce que la Polynésie connait l'exaspération qu'une absence de futur, peut à tout moment déchainer, que le Tahoeraa Huiraatira a souhaité osé, a souhaité agir !
M. Flosse, ayant été opportunément, pour certains de nos adversaires, rendu inéligible, j'ai à sa demande, conduit la liste du Tahoeraa Huiraatira, pour ces élections Territoriales.

Il me revient donc l'honneur de porter ma candidature à l'élection du Président de la Polynésie française.

Quand bien même ma candidature a peu de chance de recueillir vos suffrages, puisque nous sommes désormais un groupe minoritaire de 11 élus et considéré de fait dans l'opposition, elle s'impose néanmoins comme un point final, au processus électoral, sans laquelle ce dernier ne serait pas complet.

Elle permet également à l'opposition, et c'est le seul espace qui lui reste désormais pour exister, de s'exprimer et de faire entendre son point de vue. Un point de vue qui diverge naturellement du concert de félicitations qui accompagne la victoire de toute majorité.

Nous serons, dans ce cadre, attentif à favoriser le débat, même s'il est fort à parier, que nos amendements seront rejetés par principe. Notre présence ne se résumera pas à être une simple chambre d'enregistrement, même si notre assemblée s'apparentera malheureusement, je le crains, à une chambre d'enregistrement !

La victoire de la majorité est sans appel. Le score est remarquable, je crois que cela doit être dit. Il faut bien reconnaître qu'avec 66.730 voix, le Tapura Huiraatira a bien réussi. Mais à quel prix ?

Lorsque mon regard parcourt notre hémicycle et que je regarde tous ces visages, j'y vois ceux d'anciens compagnons de route, d'amis avec lesquels nous avons partagés les meilleurs et les pires moments, qui sont le lot de la politique, avec lesquels nous avons refait le monde, réinventé notre Polynésie. Chacun de nous lui doit quelque chose, ce qui n'enlève rien à la part que chacun lui a apporté.

En vous voyant tous ce matin, amis, anciens amis devenus adversaires, mes pensées vont vers cet homme que nous connaissons tous et que donc il aurait été juste et légitime qu'il soit devant nous, devant vous aujourd'hui.

Voyez-vous, je crois Mesdames et messieurs, il y a une grande misère dans les hommes en ce qu'ils savent si bien ce qu'il leur est dû et qu'ils savent si peu ce qu'ils doivent aux autres !

Le Tahoeraa Huiraatira demeure un grand parti reste un grand parti, qui présida aux destinées de notre beau Pays. La Polynésie d'aujourd'hui, nous la voulons aussi au Tahoeraa Huiraatira.

Il jeta les fondements de notre autonomie et de notre émancipation, sans rupture avec la France et la plupart d'entre nous ici présents, sont issus de son école.

Je ne ferais pas un long discours sur la situation de notre Pays, je l'ai d'une certaine manière déjà évoquée lors de mon allocution. Notre pays ne va pas bien et vous me pardonnerez, monsieur Fritch, de ne pas partager l'optimisme que vous avez affiché durant cette campagne et que vous allez probablement nous redire dans un instant. Je ne saurai trop vous inviter à rester lucide et à ne pas voir dans ce résultat des urnes, un satisfecit aveugle.

En réalité, les électeurs ont souhaité la stabilité. Mais, ils n'ont pas cautionné, pour autant, votre bilan. Entre nous, que retiendront les Polynésiens, des cinq dernières années sous votre gouvernance ?

On ne saurait trop rappeler, également, que votre victoire est aussi celle des Maires, qui occupent les positions éligibles et dont vous avez su, vous garantir utilement les fidélités. Plus que votre bilan, se sont les Maires qui ont fait la différence.

Ne m'en veuillez pas, si je dis que votre élection est un vote par défaut.

Avec plus de 68.511 qui se sont abstenus, soit plus que d'électeurs qui ont voté pour vous, l'abstention est en réalité la grande gagnante de ces élections et ce chiffre qui va croissant, d'élection en élection, doit nous interpeller tous.

Au final, sur le nombre d'électeurs inscrits, le score de la majorité actuelle représente un tiers du corps électoral, comme ce fut notre cas en 2013.

Ce n'est donc pas un plébiscite, même si le Tapura Huiraatira peut s'enorgueillir d'être arrivé en tête, loin devant les autres.

Car aujourd'hui, les problèmes sont les mêmes qu'hier. Aucune solution réelle n'a été apportée à la crise de l'emploi, voire la misère qui gagne du terrain.

Dans sa dernière note expresse relative à la situation économique de notre pays, l'IEOM observe, je cite, " une situation propice à la création d'emploi ". Ces améliorations, que nous ne nions pas, sont toutefois loin du compte. Il me semble que vous êtes très loin de répondre aux attentes de nos concitoyens, qui galèrent toujours par milliers, par dizaines de milliers, dans la pauvreté et le chômage. Si le flux est géré, le stock en revanche ne fait que prospérer.

Il va vous falloir faire vite, pour répondre à leurs attentes, car vous n'aurez pas d'état de grâce. Vous êtes dans la continuité de votre inaction.

Vous êtes venu présenter, devant notre assemblée, une réforme devenue nécessaire, celle de la PSG, et qui n'a que trop tardée ! Or, les fondements de votre loi de Pays sont largement contestés.

Si, par malheur, ce que vous avez envisagé était appliqué, ne soyez pas étonné des conséquences catastrophiques, qui pourraient résulter de votre entêtement, ou celui de vos conseillers.

Ce passage en force, rien ne l'empêchera plus, puisque vous avez une majorité docile pour l'approuver ! Mais il n'est pas la réponse la plus adaptée. Vous savez comme moi que la seule véritable réponse, celle qui préserve l'avenir et les avantages acquis de ceux qui ont cotisé durant toute une vie de labeur, réside dans la création d'emploi durable et là l'une des richesses du développement économique et des grands chantiers ainsi comme l'avait prévu le Tahoeraa Huiraatira dans son programme de 2013.

Rassurez-vous, chers collègues, le Tahoera'a Huira'atira ne fera pas d'obstruction. Il vous laissera gouverner et travailler.

Notre opposition sera constructive. Le Tahoera'a Huira'atira et les élus qui le composent ici à l'Assemblée, entendent se mettre au service du bien commun.

Nous resterons des sentinelles vigilantes. Nous soutiendrons les propositions qui serviront les plus faibles de notre société et qui iront dans le sens de l'intérêt général. Nous formulerons des objections et nous proposerons des amendements à celles que nous estimons devoir améliorer. Nous combattrons celles que nous considérons être contraires aux intérêts de nos concitoyens.

Observateurs attentifs et constructifs, nous vous donnons rendez-vous dans cinq ans.
Encore une fois, bon vent et bonne mer monsieur le Président.

Je vous remercie.

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